mercredi 25 mai 2011

L'équation François Hollande


François Hollande apparait aujourd’hui, de l’avis unanime, comme le principal bénéficiaire de l’affaire DSK, et ce d’autant plus qu’il avait déjà entamé avant l’affaire, face à son éventuel rival, une remontée dans les sondages. On nous explique aujourd’hui qu’il serait victime d’un « TSH » (« Tout sauf Hollande ») au parti socialiste, mais je suis d’accord avec Olivier Duhamel qui ce matin, sur Europe 1, disait qu’il n’y avait rien de comparable avec le « Tout sauf Royal » de 2008 au parti socialiste.

Cependant, pour comprendre les difficultés auxquelles va se heurter François Hollande, dans son rapport au parti socialiste comme dans son rapport à l’opinion, il faut saisir son équation personnelle, chercher à inventorier ses forces et ses faiblesses.

C’est toujours bon de se relire, ou au moins de se souvenir de ce que l’on a écrit. J’ai deux fois abordé le cas Hollande dans ce blog.

Une première fois, je me suis penché sur la réflexion qu’il menait, avec finesse et indépendance, sur la manière dont le PS pouvait et devait accomplir la mutation idéologique rendue nécessaire par son exercice du pouvoir des 1981-1986, 1988-1993 et 1997-2002. Cette mutation est en grande partie réalisée, la déclaration de principes de 2008 comme le programme présidentiel de 2012 en témoignent – elle reste à achever.

La seconde fois, ayant assisté à l’enregistrement d’une émission télévisée ou il était invité, je me suis inquiété d’une « normalisation » de son discours : à force de vouloir incarner l’ensemble des socialistes, cet esprit vif et original ne me paraissait plus rien dire de saillant.

Atouts et handicaps… il faudrait revenir sur cela, maintenant que François Hollande est dans la position, toujours périlleuse, du favori des sondages.

Ce qui me faisait prendre au sérieux la candidature Hollande, c’est qu’elle s’inscrivait dans la durée. L’homme est parti de loin, y pense depuis longtemps, depuis son départ du poste de premier secrétaire du parti socialiste. L’ancrage corrézien, revendiqué, cultivé, les déplacements, les rencontres multipliées, la disponibilité à la discussion, tout cela construit un personnage public. Les Français connaissent bien cet homme, il fait partie du paysage et incarne une certaine continuité, l’image d’un socialisme raisonnable, qui cherche à se moderniser sans se brutaliser ; les journalistes apprécient son esprit, ses bons mots, son recul. Dans un milieu où l’arrogance et l’affirmation maladive de soi sont souvent la règle, cet homme tranche depuis longtemps par son côté sympathique et courtois. L’image d’un personnage qui trace son chemin progressivement, tranquillement, jusqu’à une modestie apparente, peut, dans l’électorat qu’il veut séduire, contraster heureusement avec celle de Nicolas Sarkozy. Il rassure.

Tout cela, sans être fabriqué, relève de l’image. Les vrais handicaps sont ailleurs. On sait que François Hollande n’a jamais été ministre. Certes, cela peut se retourner : il est, sur ce point, un homme neuf. Premier secrétaire du parti socialiste, il a bien mené la rénovation idéologique autour de la déclaration de 2008, son dernier combat, mais il s’est épuisé auparavant dans des synthèses peu enthousiasmantes. Il n’a pas de courant, et apparaît ainsi comme un homme seul, et ses soutiens sont peu visibles. Il a mis longtemps à se remettre de l’échec de 2005 : alors qu’il avait réussi à imposer la ligne du « oui » au PS, il n’a pas pu ensuite garantir la discipline du parti dans la campagne. Il n’a pas réussi à surmonter le « non » pour se présenter en 2007, et n’a pas tenté de forcer le destin. Bref, il a été l’homme de la synthèse dans un parti qui n’en voulait pas, et non pas le porteur d’un projet fort.

D’où des incertitudes : François Hollande saura-t-il construire un projet présidentiel fort, rassembler une véritable équipe avec quelques « poids lourds » ? Ou va-t-il rester dans un certain flou artistique, cherchant à rassembler la gauche en valorisant son expérience de premier secrétaire et l’héritage de Lionel Jospin, tout en voulant mordre sur le centre par sa modération naturelle d’ancien deloriste ? Saura-t-il mobiliser l’ensemble des énergies socialistes s’il devient le candidat ? Et s’il le fait, n’aura-t-il pas trop moucheté le fleuret ? Pour l’instant, j’ai le sentiment que François Hollande s’est dissout dans l’action collective et affirmé dans une démarche solitaire. Il n’est pas sensible à la mystique de la « rencontre d’un homme (ou d’une femme) et d’un peuple » qui a hanté Ségolène Royal et François Bayrou – mais la seule alternative à cette conception reste la construction d’un projet collectif.

lundi 16 mai 2011

Insomnie strauss-kahnienne


Il y a bien des types d'insomnies. La mienne est, curieusement, strauss-kahnienne. Curieusement, d'ailleurs, car je ne croyais pas vraiment à la candidature Strauss-Kahn, que je voyais minée d'avance par le positionnement du candidat éventuel, et même par son bon bilan (je le pense) à la tête du FMI, difficile à vendre à l'électorat de gauche.

Nous sommes depuis dimanche matin bombardés d'informations, et nous avons lundi été grisés d'images. "La chute", titre-t-on ici ou là. Elle est terrible. Elle attire comme un spectacle douloureux et fascinant.

Nous apprenons bien des choses sur le système judiciaire américain, et, par ricochet, sur le système judiciaire français. Ce qui est nouveau, pour beaucoup d'entre nous, c'est de voir un homme qui était il y a si peu de temps au sommet du pouvoir livré à la machine implacable. Terrible spectacle. Le basculement d'un destin, d'abord presque en direct, puis tout à fait en direct : n'est-ce pas au fond ce qui attire les foules lors d'une campagne présidentielle ?

Nous apprenons bien des choses sur la jungle de la société de l'information, quand des journalistes expliquent que des images sont choquantes et dégradantes alors même qu'ils les passent en boucle et les commentent avidement, guettant sur le visage de DSK les signes de fatigue, d'éventuelle défaillance, d'accablement. Il est devenu la chose des autres, et d'une certaine manière, la foule le possède, alors même qu'il est en train de perdre ce qui le rendait fascinant : le pouvoir détenu comme celui qui paraissait à tant de Français à portée de sa main.

Nous voyons surgir les accusations implacables, nous voyons ses amis se débattre, oser de temps à autre la thèse du complot, s'accrocher à des espoirs ténus. Et puis, très vite, le trou qui se forme est comblé par d'autres, parce que quand bien même Dominique Strauss-Kahn parviendrait à s'innocenter, cela sera trop long, à moins d'un miracle vendredi. Qui lui succèdera à la tête du FMI ? Qui est désormais le favori pour les primaires socialistes ? Après un bref refus de principe, tous avancent des réponses à ces questions.

Nous voyons les entourages, les soutiens, les supporters se désespérer. Comme une armée qui se préparait à combattre, dans cette guerre simulée qu'est parfois la politique démocratique, et qui est soudainement démobilisée. Le leader attendu n'est plus là ; objet de mépris pour les uns, de compassion pour les autres, victime d'une machination ou d'une formidable méprise pour ceux qui le pensent innocent. C'est dorénavant son propre destin, sa propre survie d'homme public, qui devient sa grande affaire, son combat.

Il n'est plus un acteur de l'histoire, il devient le sujet d'une affaire dont on sait déjà qu'elle sera l'un de ces épisodes qu'on évoquera longtemps, sur le mode du regret pour les uns, avec une satisfaction féroce pour les autres. Une affaire qui, si elle n'est pas rapidement démentie par l'enquête des défenseurs, prête en outre à rire - et l'humour est l'ange exterminateur de l'univers médiatique.

Même quand on n'a pas partagé pas les espoirs que DSK a suscités, on pense à ceux qui voyaient en sa candidature une chance de moderniser le parti socialiste, de trouver enfin une voie qui allie efficacité économique et justice sociale. Ceux-là ont le sentiment d'un accident, et mettront plus de temps que d'autres à se déprendre d'un sentiment d'irréalité.

Antoine Cournot, mathématicien et philosophe du XIXe siècle, disait que le hasard, en histoire, était représenté non pas par les institutions, non pas par les systèmes, mais par les individus et leurs actions. La loi d'airain du leadership, que les républicains d'autrefois auraient voulu éviter, s'est imposée, et elle a engendré ces micro-événements (au vu de l'histoire globale) terribles, par lesquels ce qui touche un homme, qu'il en soit ou non responsable, retombe sur tout un courant, avec ce que celui-ci charrie d'ambitions et d'espérances.

Les émotions suscitées par cette affaire sont violentes et troubles. Les contempler, les ressentir en partie, cela suffit bien à retarder le sommeil.

vendredi 6 mai 2011

Rupture avec le "social-libéralisme" ?


Je viens de terminer la lecture approfondie du programme du parti socialiste - puisqu'il existe non seulement sous la forme de 30 propositions, mais sous forme de textes développés. Les déclarations de principe sont importantes, mais les programmes engagent plus : d'une certaine manière, ils instruisent d'avance les procès des fins de mandats.

Ce programme a été généralement bien accueilli par la presse, et la contre-offensive de l'UMP a été plutôt molle, se bornant à reprocher au parti socialiste de reprendre de vieilles recettes. Et il est vrai que ce texte est prudent : visiblement, les socialistes sont conscients des périls inhérents à la distinction entre le programme du parti, élaboré collectivement, et le programme du candidat vainqueur des primaires, et n'ont pas voulu charger la barque. La mise en avant de 30 propositions contraste heureusement avec les 100 objectifs de 2007, et on cherche en vain une proposition qui pourrait donner prise à l'accusation de démagogie outrancière.

Cependant, on a parfois signalé une rupture avec le "social-libéralisme", et cela me laisse perplexe. Le terme de "social-libéralisme" peut prendre deux sens.

Dans le premier, qui concerne l'histoire des idées politiques, et qui est n'est pas péjoratif, il désigne la tendance des libéraux qui sont partisans d'une politique sociale, considérant que la misère ou l'ignorance peuvent mettre en danger les libertés fondamentales, y compris économiques, dans la lignée de Jeremy Bentham et de John Stuart Mill. Keynes relève indubitablement de ce courant.

Le second sens du terme est péjoratif : il vient des antilibéraux de gauche, et entend stigmatiser l'acceptation par les socialistes de l'économie de marché, de la contrainte budgétaire et du libre-échange ; bref la renonciation à la construction d'un ordre économique et social alternatif, fusse sous la forme d'une économie mixte démocratiquement planifiée (comme dans le projet des 110 propositions du candidat François Mitterrand en 1981).

La déclaration de principes de 2008 indiquait que le Parti socialiste se réclamait d'une "économie sociale et écologique de marché". "L'économie sociale de marché" est un concept élaboré par le courant allemand de l'ordolibéralisme (qui trouve ses origines dans les années 1930, et peut être défini comme un social-libéralisme), qui se situe entre le libéralisme traditionnel et les partisans de l'économie mixte. Le parti social-démocrate ouest-allemand s'est ensuite rallié à cette conception de l'économie lors de son célèbre congrès de Bad Godesberg.

Le parti socialiste de 2008 se situe bien dans un social-libéralisme mâtiné d'écologie, que l'on donne à cette expression un sens péjoratif ou pas. Il nous faut donc chercher ce qui, dans le programme actuel, correspondrait à une renonciation à cette ligne.

Les questions économiques restent importantes dans ce programme : le PS ne se rallie pas aux théories de la décroissance, et veut combiner la croissance, sans laquelle "les individus s'appauvrissent et la société se disloque", et le développement durable. Mais le parti promeut un certain "retour de l'État" dans l'économie. Une "banque publique d'investissement" devrait aider à renforcer le pôle d'ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire), soutenir la "conversion écologique" des entreprises, et soutenir des secteurs en difficulté conjoncturelle.

On ambitionne de protéger les sous-traitants, de mettre en place (ce qui évoque la loi Royer) qui se limitait aux centre-villes) une autorisation municipale pour l'installation de surfaces de vente supérieure à 300 m2. D'autre part, un "service public de l'eau" et la mise en place d'une "filière publique" de l'énergie nucléraire reviennent sur la tendance lourde des privatisations, actée et amplifiée par le gouvernement Jospin de 1997 à 2002. De même, sur le plan européen, on veut une "agence de notation publique sous l'égide de l'Eurogroupe". L'adhésion ou pas des électeurs à ce projet dépendra de la confiance qu'ils accordent au discernement économique des hauts fonctionnaires français et européens.

L'une des idées forces du "social-libéralisme" version Blair est la fameuse "flex-sécurité" : ne plus chercher à empêcher les licenciements mais concentrer l'action publique sur l'employabilité, en misant sur la formation tout au long de la vie, pour que les salariés retrouvent rapidement un emploi, dans un contexte général de mobilité accrue. L'idée n'est pas présente explicitement dans le projet. Plus encore, on revient à un certain encadrement administratif des licenciements, sans que l'on retrouve tout à fait la défunte autorisation administrative de licenciement mise en place par le gouvernement Chirac de 1974-1976. Les "licenciements boursiers" seraient sujets à des pénalités financières. Par contre, l'idée d'un "crédit-formation" est présente, développant sans doute les dispositifs existant.

L'emploi de l'outil fiscal et la mise sous condition des aides publiques pour orienter la politique sociale et environnementale des entreprises ne sortent pas du cadre usuel de l'intervention de l'Etat dans un système libéral modéré. Pas plus que la perspective de remise en place des 35 heures, présente dans le projet développé mais pas dans les 30 propositions... ce qui en dit long.

La question de l'acceptation de la contrainte financière est elle aussi importante. La nécessité de réduire la dette publique est rappelée, et on projette d'y consacrer la moitié des recettes nouvelles, issues des différentes réformes fiscales, dont un renchérissement de l'impôt des sociétés sur les banques de 15%. Je ne peux mesurer dans ce blog la faisabilité de ce programme.

C'est bien une inflexion que l'on note, mais à mon sens, une inflexion plus qu'une rupture. Le PS cherche à desserrer la contrainte plus qu'à la supprimer, ou acte tout simplement l'impossibilité de la supprimer. A retrouver une marche de manoeuvre, avec un Etat dont on souhaite la modernisation, sans indiquer là-dessus (et c'est dommage, car je reste convaincu que c'est la tâche historique de la gauche française) un chemin trop précis, quand bien même on introduit l'idée (héritage de la social-démocratie suédoise) de la nécessaire productivité des services publics, chaque euro dépensé devant avoir une utilité sociale.

La contrainte européenne, elle-même, est l'objet d'un desserrement qui demeure une simple perspective : on insiste beaucoup sur l'éventuelle collaboration d'un PS éventuellement vainqueur avec un SPD éventuellement vainqueur, on veut proposer des "clauses de sauvegarde et de réciprocité visant à garantir la loyauté des échanges" de l'Europe avec l'extérieur, on veut un salaire minimum partout, un impôt européen... beaucoup de choses nécessitant un accord des partenaires et cela n'est pas masqué. Peut-être un reste du fameux "plan B" des partisans du "non" en 2005, proposé par ceux du "oui".

Je ne vais pas ici détailler tout le projet : il est très intéressant sur les institutions, où on va plus vers une prolongation/inflexion de la réforme constitutionnelle que vers un anéantissement de ce que celle-ci peut avoir de prometteur, et où on envisage un débat au Parlement avant l'engagement des forces militaires, intéressant aussi sur l'enseignement supérieur, où le PS s'inscrit dans une vraie continuité nationale et européenne en prônant le rapprochement universités-classes préparatoires grandes écoles, sur la justice...

Mais à mon sens, quand bien même il y a une inflexion étatiste (au sens neutre) certaine, nous ne sommes pas en rupture avec la déclaration de 2008 et la culture d'un parti de gouvernement. Ce que teste ce programme, de manière encore hésitante, ce sont bien les possibilités, les marges de manoeuvre d'un Etat dont, peut-être, le fonctionnement mériterait aussi d'être repensé.


jeudi 28 avril 2011

Jean-Louis Borloo et la question du centre


Jean-Louis Borloo, le 7 avril dernier, a tenu un discours qu’on n’avait pas entendu depuis longtemps de manière aussi audible : un discours modéré. Ce discours se définit d’abord par de grands refus : refus d’entonner l’air de la guerre civile franco-française, refus de fustiger toute dissidence, refus de se croire infaillible et de faire croire que l’on va très vite résoudre tous les problèmes de l’heure. Aussi par un goût affiché du pragmatisme, des solutions concrètes, des avancées raisonnables, qui compense le flou relatif du positionnement.

Ce discours a disparu en 2007, parce que le candidat qui alors incarnait le centre, François Bayrou, avait choisi une ligne contestataire, condamnant le « système », refusant tout compromis, instruisant le procès global de ses adversaires. Le couplage entre intransigeance du discours et posture solitaire, évoquant le de Gaulle des grandes années, séduit aisément ceux qui misent tout sur l’élection présidentielle et communient à la mystique de la rencontre entre un homme et un peuple ; il gagne aujourd’hui cet autre aspirant aux suffrages du centre qu’est Dominique de Villepin.

Mais outre qu’elle rend difficile la tenue d’un discours vraiment centriste, cette stratégie isole son homme. François Bayrou a fait, Dominique de Villepin commence à faire le vide autour d’eux par leur refus obstiné du travail en équipe. Dans cette optique, on ne cherche pas à constituer des équipes, à rassembler des collaborateurs, mais à grouper des partisans, dont on exige une foi à toute épreuve dans le destin national du leader. Et le centre visé alors devient non pas un lieu de rencontre, mais un « ni droite ni gauche », un au-delà de la politique usuelle stigmatisée pour sa médiocrité.

Pourtant, le centre, s’il est plus un espace qu’une famille politique, a sa spécificité. Ce n’est pas seulement un « ailleurs » politique. Depuis les débuts de la Quatrième République, il rassemble les démocrates-chrétiens, héritiers du catholicisme social, les radicaux attachés à l’héritage de la république parlementaire, et des libéraux. Les années 1990 et 2000 ont vu s’y installer une nouvelle composante, avec l’aile modérée de l’écologie politique.

Toute personne qui aspire au leadership centriste devra donc unir ces composantes. La référence au « social » leur est commune, quoique vague dans un pays où il est peu « d’ultralibéraux ». La référence au libéralisme politique serait sans nul doute porteuse : respect des libertés, des institutions qui les garantissent, du droit, du pluralisme, goût du dialogue et acceptation du compromis, sens des évolutions spontanées de la société civile. Elle est implicite dans le discours de Jean-Louis Borloo, peut-être sera-t-elle mise plus explicitement en avant, au-delà du concept un peu vague « d’humanisme ». L’écologie modérée (en considérant que les Verts représentent une écologie plus contestataire) s’était retrouvée un temps dans le Modem, avant de se sentir plus à l’aise dans Europe Écologie. Reste à connaître les effets de la fusion Europe Écologie – les Verts, et la fortune éventuelle (pour l’heure peu évidente), des candidatures Eva Joly et Nicolas Hulot, pour savoir si l’électorat de cette tendance est ou non disponible pour soutenir un candidat centriste.

Compte-tenu de ce qu’est aujourd’hui le centre, l’itinéraire de Jean-Louis Borloo, ce que nous pourrions appeler son « équation personnelle », lui donnent de sérieux atouts. Ancien chef scout, il ne devrait pas avoir trop de mal à nouer alliance avec les démocrates-chrétiens et à toucher l’électorat catholique. Dirigeant du parti radical, il a ainsi des assises dans les milieux laïques. Surtout, le fait d’avoir été en 1990 parmi les fondateurs de Génération Écologie, ainsi que son engagement dans le Grenelle de l’environnement, peuvent lui donner un certain crédit auprès de ceux, parmi les électeurs d’Europe Écologie, qui ne sont pas satisfaits du rapprochement avec les Verts. Ajoutons enfin que sa formation, qui l’a vu passer par HEC où il a enseigné, peut séduire ce que reste de libéraux parmi les centristes.

Jean-Louis Borloo colle donc à la configuration du centre. Mais cette famille est confrontée de manière récurrente à trois difficultés. Les centristes sont des notables et peinent à apparaître comme « proches du peuples » ; ici encore, Jean-Louis Borloo, fort de son expérience valenciennoise et d’une image simple et bonhomme, peut apparaître comme porteur d’une réponse. La seconde est plus embarrassante : les centristes manquent de militants, et il en faut pour mener une campagne présidentielle. François Bayrou avait su, le temps d’une campagne, attirer une jeunesse dynamique qu’il n’a pas su retenir ensuite. Un tel élan existera-t-il autour de Jean-Louis Borloo ? La troisième difficulté tient à la désorganisation structurelle de la mouvance centriste. Ici, tout reste à faire : alors que sur son site, le Parti Radical annonce qu’il met au point son manifeste et qu’il appelle à des contribution, Rama Yade, qui a rejoint ce parti en décembre 2010, évoquait il y a peu sur Canal + le lancement de son propre club de réflexion…

jeudi 21 avril 2011

Bentham / Tocqueville


Quand Jeremy Bentham, à la fin du XVIIIe siècle, a créé l'utilitarisme, il a fait scandale. Il définissait l'être humaine par la recherche du plaisir (du bien-être) et la fuite de la douleur (de la peine). Cette vision d'un homme guidé au fond par son intérêt héritait d'un certain pessimisme classique et entrait en résonnance avec l'économie politique, qui tournait autour du modèle de l'homo oeconomicus. C'est d'ailleurs un hériter critique de Bentham, John Stuart Mill, qui devait définir ce dernier.

Bentham était persuadé d'avoir dégagé là le fondement d'une science de l'homme. Il estimait que l'on pouvait mathématiquement mesurer le degré de plaisir et de peine connus par l'individu. Mais la science sociale qu'il pensait avoir fondé ne débouchait pas sur une apologie de l'égoïsme. À ses yeux, toutes les utilités personnelles étaient équivalentes, aucune ne pouvait prendre le pas sur les autres. Lui qui détestait toutes les abstractions, et restait pour cela indifférent à la métaphysique des droits de l'homme, retrouvait ainsi l'égalité comme valeur.

Les critiques n'ont pas manqué d'y voir une inconséquence. Grâce à elle, cependant, Bentham s'installait au cœur de la mentalité démocratique : la quête du bien être y est fondamentale, et le principe majoritaire capital. Il envisageait ainsi une vraie politique sociale, financée par un impôt redistributeur. La bonne politique était celle qui, selon ses termes, "maximisait" le bien-être du plus grand nombre.

Par ailleurs, Bentham était un libéral, partisan du gouvernement représentatif. Parmi les libéraux du XIXe siècle, beaucoup, cependant, ont pensé que l'utilitarisme était un péril grave pour la liberté. Au nom de bien-être, ne risquait-on pas de sacrifier celle-ci ? Les Constant, les Cousin, les Tocqueville ont eu cette crainte, qui m'a longtemps paru bien abstraite.

L'État-providence, au fond, repose sur une logique utilitariste. Il cherche à assurer le bien-être du plus grand nombre, et c'est là sa légitimité profonde. Il a profondément transformé les sociétés occidentales par une série de restrictions des libertés. Cela commence avec Bismarck et ses cotisations obligatoires pour patrons et ouvriers. Cela continue avec toutes les mesures que l'on prend pour la santé publique, par exemple l'obligation d'afficher des photos atroces sur les paquets de cigarettes, ou l'interdiction de certaines substances.

C'est un grand spectacle, au fond, que de voir s'affronter deux logiques dans nos sociétés : celle de l'utilitarisme, qui vise avant tout le bien-être, et, au fond, le préfère à la liberté, et celle de ce que Benedetto Croce appelait la "religion de la liberté" (et qui existe en deux versions, la libérale et la libertaire). Le match Bentham / Tocqueville est au fond un match nul, partant de deux points de vue très légitimes.

Entre la loi de la jungle et l'infantilisation des citoyens, entre la liberté et les contraintes nées de la solidarité sociale, nous n'aurons jamais fini de débattre. Quand bien même la démocratie libérale devrait s'étendre sur le monde entier, la politique ne s'éteindrait pas, parce que cette tension intime continuerait de travailler le corps social. Il suffisait pour s'en convaincre de sentir, au fond des réactions diverses à l'ajout des fameuses photos-choc, se combattre l'irritation contre un État paternaliste et la prise de conscience qu'il y avait là un vrai problème de santé publique.

mardi 5 avril 2011

Nicolas Sarkozy : esquisse d'un bilan


Je n'ai jamais beaucoup parlé de Nicolas Sarkozy dans ce blog. Il me semblait que son action n'était pas facile à analyser à chaud, et ce pour deux raisons.

La première, c'est l'interpénétration entre communication politique et action. On le dit souvent, le président n'a jamais cessé d'être en campagne, au risque de lasser l'opinion et de jeter un soupçon sur sa capacité à habiter la fonction présidentielle. Le fait n'est pas si rare ; telle était la conception de Bill Clinton, et tel d'ailleurs était le conseil que le président américain avait donné à Tony Blair en 1997, comme ce dernier le rapporte dans les mémoires. Dans son ouvrage passionnant (The End of the Party. The Rise and Fall of New Labour, Penguin Books, 2010), Andrew Rawnsley signale d'ailleurs la relative frustration de Tony Blair par rapport à son premier mandat. Certes, le Labour avait réussi, enfin, à remporter deux élections générales de suite, mais le Premier Ministre n'avait pas le sentiment d'avoir mené une action réformatrice assez profonde...

Beaucoup d'hommes politiques voudraient connaître cette frustration, et beaucoup d'électeurs voudraient que les leaders politiques la ressentent. Nulle doute que cette angoisse ne saisisse les plus sincères d'entre les premiers, tant, comme le disait Philippe Séguin, le pouvoir n'est qu'une "perpétuelle lutte contre l'impuissance". La stratégie Clinton supposait de gagner incessamment la bataille de la communication pour maintenir un haut niveau de popularité, et je crois que tel a été l'objectif de Nicolas Sarkozy, enfant de la télévision, comme le rappellent dans leur livre d'entretiens Cartes sur table Patrice et Alain Duhamel. Les deux journalistes s'étonnent d'ailleurs de son échec médiatique et communicationnel, que rien ne laissait prévoir au vu de la campagne de 2007.

Démêler ce qui est communication (à la surface des choses) et action politique profonde nécessitait d'attendre, et de prendre du recul.

La seconde raison qui me poussait à ne pas me prononcer trop tôt, c'est une profonde méfiance vis-à-vis de la gestion par les médias des questions de popularité. Les politiques alignés sur les "people" sont l'objet de phases alternées d'adulation servile et de rejet inconditionnel, et la première phase paraît appeler la suivante. La fixation névrotique d'une partie de l'opinion contre le président, au motif d'un "déficit d'incarnation", les charges internet sur son physique, la haine qui se lisait derrière, tout cela me laisse un certain malaise, et, pour tout dire ne me semble pas républicain. Une monarchie médiatique et son cortège de frustrations infantiles ne me tente décidément pas.

Nous commençons cependant, à un an de la fin du quinquennat, à pouvoir tirer un bilan. Cela nécessite d'isoler ce qui relève des responsabilités propres de Nicolas Sarkozy et ce qui n'en relève pas, sous peine d'être rapidement très injuste.
On sait par exemple que la crise financière de 2008 a rendu impopulaire tous les gouvernants, qu'il y aient bien ou mal réagi. Certaines difficultés sont structurelles, comme celle des rapports entre président et premier ministre sous la Cinquième République. On sait aussi toute la difficulté qu'il y a à réformer en France, et que nous sortons d'une période longue (1988-2007 au moins) d'immobilisme et de non-adaptation, ou d'adaptation marginale, du "modèle français".

Je crois que Nicolas Sarkozy a été bon, ou au moins est parvenu à avoir une vraie influence, chaque fois qu'un homme presque seul, entouré de quelques conseillers techniques, pouvait avoir une influence marquante, du fait de son courage et de sa tenacité. L'opinion s'y intéresse peu, mais sa présidence européenne a été efficace. L'Europe a pu avoir un rôle dans la sortie de la crise géorgienne de 2008. La réaction de Nicolas Sarkozy à la crise financière de 2008 a été à la hauteur, et après le marasme post-révolution tunisienne, et épaulé par Alain Juppé, il redonné un rôle à la France en Côte d'Ivoire et en Tunisie. D'une certaine manière, c'est dans ces affaires qu'il y a une continuité entre l'image de dynamisme donné dans la campagne électorale et l'action présidentielle.

D'autres réformes importantes ont été mises en place, dont le bénéfice politique ne sera pas important, parce qu'elles ne sont pas spectaculaires : je pense à la réforme constitutionnelle, par exemple. D'autres entrent dans la catégorie des "réformes à réformer", mais lancent un mouvement et ouvrent des perspectives ; je crois que c'est le cas de la loi sur l'autonomie des Universités. Le résultat des élections de 2012 et les années qui suivront diront si 2007 a ou non lancé définitivement le pays sur la voie des réformes. Un tel tournant serait important et conduirait sans doute à réévaluer le bilan de Nicolas Sarkozy.

Mais le problème du quinquennat qui s'achève est que les réformes dont a besoin le pays, pour ne pas être de simples réformes d'adaptation, celles dont on ne voit pas comment les éviter mais qui n'enthousiasment personne (type réforme des retraites), pour être à la fois des réformes profondes (ce que n'est pas la réforme des retraites) et des réformes parties prenantes d'un projet plus vaste, dessinant une perspective à moyen terme, ont besoin d'un grand travail collectif, d'une écoute non seulement des "partenaires sociaux" qui ne sont pas toujours des partenaires, mais aussi des citoyens concernés au premier chef par les réformes. On ne réformera pas l'enseignement contre les professeurs, la justice contre les magistrats, l'Université contre les universitaires. Ou plus exactement, pour éviter de sombrer dans l'idéologie béate du dialogue : il faut écouter pour élaborer la réforme qu'un minimum de contrainte politique permettra de faire passer.

On peut minimiser cette contrainte ; il est impossible de la supprimer. Le consensus sur les réformes n'existe pas dès lors que ces réformes supposent des arbitrages. Et la France a laissé passé des années de croissance où l'on pouvait faire des réformes en achetant sa paix.

L'idée selon laquelle chaque réforme devait être bouclée en six mois a été désastreuse ; elle a conduit à multiplier les demi-mesures et les réformes trop technocratiques, et accru les défauts du système. Mais revenons au travail collectif. Il est toujours difficile à mettre en place en France : les syndicats divisés, numériquement faibles, tremblants d'être débordés sur leur gauche, méfiants vis-à-vis d'un Etat qui coiffe souvent autoritairement le dialogue social, sont des partenaires peu fiables ; les partis politiques sont squelettiques, et un collage approximatif avec le monde syndical y tient lieu trop souvent du contact avec la société civile qu'on pourrait attendre d'eux ; les cabinets ministériels regorgent de jeunes diplômés talentueux qui y voisinent avec de vieux renards, et constituent des serres chaudes où tout s'élabore dans la hâte et dans l'idées obsessionnelle que "les gens ne comprendraient pas" toute mesure un peu simple et où, sous la pression des uns et des autres, on tente d'avance de parer à toutes les objections possibles.L'exemple de la réforme Darcos, qui voulait supprimer les filières en lycée et au final les renforçait, est de ce point de vue édifiante.

Le problème est ancien en France, où traditionnellement les contrepouvoirs sont faibles. On peut cependant le compenser en respectant les institutions. D'une certaine manière, l'Etat doit commencer par s'écouter lui-même : les maires, les magistrats, les enseignants, les policiers, et même les ministres, tous sont d'une manière ou d'une autre au contact de la société civile. La brutalisation des relations entre le chef du pouvoir exécutif et ces différent milieux marquent les limites de la "réforme bousculade". A force de taxer de "corporatisme" tous ceux qui sont en désaccord, même partiel, avec les projets qui les concernent, on se prive de leur expertise propre. Une certaine démagogie renforce ici la dérive technocratique du régime. Je n'en finis pas de mesurer la sagesse d'un propos déjà cité dans ce blog de mon ami Gilles Ferragu : "le drame en France, c'est que les réformateurs ont une rhétorique révolutionnaire".

Cette démagogie est particulièrement ruineuse auprès de l'électorat de droite modérée, légaliste et attaché aux institutions. Alliée à la volonté de chasser sur les terres du Front national, et à la visibilité forte de la ligne Hortefeux-Guéant, elle a conduit à couper en deux la droite française, et à créer un appel d'air au centre droit. Elle dévoile surtout l'ampleur de la crise idéologique de la droite française, que les difficultés du parti socialiste avait fait oublier.

D'où l'impression d'une faillite, impression que je persiste à juger excessive, mais qui n'est pas un simple malentendu. Le joueur qu'est Nicolas Sarkozy n'a pas abattu toutes ses cartes, et la campagne commençant, il va se retrouver sur son terrain. Son impopularité record ne peut masquer deux vérités : il reste le candidat incontestable de la droite pour 2012, et aucun candidat déclaré ne suscite pour l'instant, à gauche ou au centre, un véritable enthousiasme dans le pays.

lundi 28 mars 2011

Finir les miettes...


Une lectrice commente mon post d'il y a quelques semaines sur "l'horizon 2012 en miettes". Les idées qu'elle avance, les questions qu'elle pose appellent une mise au point, d'autant plus urgente après les élections cantonales.
Elle relève tout d'abord le transfert d'électeurs de l'UMP vers le FN, électeurs qui "préfèrent l'original à la copie". Moi aussi je suis convaincu depuis le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy que l'effet "vase communiquant" fonctionne en sens inverse par rapport à la campagne de 2007. J'avoue que l'acharnement du président de la République, d'une partie des élus UMP, et de l'inénarrable Claude Guéant dans cette stratégie me fait parfois douter. Est-ce qu'au fond, il pourrait s'agir d'une stratégie extraordinairement cynique, très osée et au final électoralement très payante ? Auraient-ils senti des choses qui nous échappent ? Quand on voit des gens vendre leur âme de manière aussi voyante, on a de la peine à concevoir que ce soit pour rien. Cherchant un calcul particulièrement tordu pour 2012, je n'ai trouvé que celui-là : miser à la fois sur un FN fort et sur une effondrement du candidat de gauche, pour refaire 2002 malgré l'impopularité actuelle de Nicolas Sarkozy. Mais tout cela reste spéculatif...

Ma lectrice est sceptique sur le relèvement du PS, et sur Dominique Strauss-Kahn. Je crois ne l'avoir jamais dit sur ce blog, parce que j'ai peur de me tromper, mais je le suis aussi. Pour l'instant, DSK est populaire à gauche parce que la gauche pense qu'il va gagner. Cela est extraordinairement fragile. Je n'ai pas été convaincu (peut-être suis-je trop sévère) par ses prestations lors des trois débats des primaires de 2007. Et je ne suis pas sûr que le charisme et la chaleur soient au rendez-vous. Quant au programme... La même angoisse que face à la stratégie UMP me saisit : je vois tant de personnes fines et bien informées qui croient en DSK au parti socialiste ! Mais quand j'entends Pierre Moscovici expliquer à la télévision, pour parer les attaques prévisibles du Front de gauche et de la gauche du PS, qu'il faut distinguer entre le FMI et son directeur, j'espère fortement pour lui et ses amis qu'ils ont des arguments d'un autre calibre pour défendre leur champion.

La commentatrice s'interroge sur le PS qui ne se serait pas vraiment remis de 2002. Là, je suis plus catégorique. L'entrave, ce n'est pas l'existence de tendances (elle ne le pense pas non plus), mais la disjonction entre l'élaboration du programme, le choix du candidat et la compétition pour le leadership du parti. Le PS reste un parti solide parce qu'il est bien implanté localement, malheureusement, il est tellement mal organisé au niveau national qu'on a l'impression que les meilleurs choisissent les communes, les départements et les régions (et on les comprend un peu). L'effort pour mettre au point une nouvelle déclaration de principes, en 2008, a été noyé dans ce maelstrom.

Elle se demande aussi pourquoi le centre n'en profite pas. Ici, c'est plus simple : pas de leader, pas de doctrine, pas de discours. Les perspectives, on les voit, mais elles restent plutôt des défis à relever : trouver ce qui est mort et ce qui est vivant dans le modèle républicain, repenser la modernisation de l'État autrement que comme son effacement, remettre au premier plan l'Etat de droit, les libertés individuelles, la délibération et les contrepouvoirs, trouver un discours national prenant en compte la dimension européenne (et réciproquement). Et surtout valoriser le travail collectif, parce que les réformes qui nous attendent sont trop compliquées pour être élaborées à quatre sur un coin de table.

Une grand inconnue cependant est devant nous : la campagne électorale. Elle bougera les lignes, les cotes des uns et des autres vont grimper ou s'effondrer. Pour la dimension programmatique, j'ai peur de devoir, pour une fois, être pessimiste : c'est déjà perdu. Au mieux, il sortira de tout cela quelqu'un qui ne confonde pas trop réforme et bousculade, ou qui cesse de le faire. Mais on restera dans l'agenda français depuis la fin des années 1980 : mêler de nécessaires réformes d'adaptation et des mesures gadget plus ou moins coûteuses, avancer à coup de travail à moitié fait, prolonger de quelques années l'attente du jour où les partis de gouvernement pourront redevenir lisibles autrement qu'en termes de stratégie électorale.