vendredi 16 septembre 2011

complément sur les primaires

La supériorité oratoire de Manuel Valls et d'Arnaud Montebourg venait tout simplement de ce qu'ils incarnaient chacun une ligne claire, une "gauche" et une "droite" du PS. Mis à part le candidat radical, les autres essayaient de faire une synthèse, ce que l'on comprend.

Cependant, on peut après ce débat avoir une nostalgie : celle de l'organisation du PS de manière plus structurée, entre une majorité et une opposition, porteuses chacune d'une ligne, chacune attendant l'échec éventuel de l'autre pour orienter l'ensemble du parti.

Le débat y gagnerait en clarté, et la gauche, qui a plus besoin que la droite de charpente idéologique (le pragmatisme y étant moins valorisé) en bénéficierait... par ricochet, la droite aussi, qui aurait à fournir un plus grand effort pour se positionner.

Je ne peux m'empêcher de lire aussi cela de manière générationnelle, et de constater que les talents les plus évidents ont décidément du mal à trouver leur place, et en sont réduits à nous donner des regrets.


jeudi 15 septembre 2011

Premier débat




Commençons par les bonnes surprises :

La performance des journalistes, d'abord : nous sommes habitués à des questions agressives, faussement impertinentes et au fond très conformistes. Nous avons vu là la contraire. De vraies questions, souvent audacieuses, et qui servaient à mieux comprendre ce que chaque candidat voulait proposer, à mettre en évidence ses forces et ses faiblesses.

Ensuite, la manière dont se sont comportés les candidats : fermes, courtois, respectueux les uns des autres. Ils ont de ce point de vue donné une très bonne image de leur parti et de sa démocratie interne, alors que l'on pouvait craindre (et que l'on nous avait annoncé) le pire.

Ni François Hollande, ni Martine Aubry, ni Ségolène Royal n'ont surpris. Le premier a tenté, en s'énervant un peu, et en prenant un ton plus tranchant, de montrer qu'il avait la carrure présidentielle. La seconde est restée l'incarnation de quelques poncifs : la dépense publique forcément productive, la possibilité pour les gouvernements de relancer la croissance... sa performance dépendra de la foi des sympathisants socialistes dans ces axiomes. Tout au plus a-t-elle, sur la fin, tenté d'attaquer François Hollande sur la jeunesse et sur le nucléaire.

Ségolène Royal était elle-même en plus apaisé, mais n'a pas créé d'effet de surprise. Ses partisans voteront pour elle ; un élan supplémentaire reste, à mon avis, improbable.

Parmi les "petits" candidats, chacun a joué sa partition également. Arnaud Montebourg plus calme que d'ordinaire, avec un discours très structuré. Jean-Michel Baylet en électron libre au fond dépendant. Manuel Valls... à mon sens, quand bien même il ne disait rien de vraiment nouveau, c'est peut-être le seul qui a pu gagner des points ce soir.

La référence à Mendès-France, explicite, s'imposait. Un discours-vérité, ferme, tranchant, structuré (comme celui de Montebourg : il y a bien une unité générationnelle). Le plus curieux est que ce candidat qui n'est pas favori est le seul à avoir parlé de la France. Le seul a avoir dit qu'il était fier de ce qui s'était passé en Lybie l'après-midi même, et à saisir que la gauche ne pouvait pas demeurer indifférente à un combat mené au nom de la démocratie.

Le seul aussi, m'a-t-il semblé, à parler de vérité. Et à expliquer que réformer n'était pas forcément mettre de l'argent que l'on n'avait pas sur la table. Il y avait aussi, me semble-t-il, une envergure que les autres ne montraient pas.

Pour le reste, mis à part l'hypothèse Valls qui reste très théorique, l'endettement du pays est mal parti. On tape sur les méchantes banques, qu'on voudrait ramener deux cents ans en arrière, en séparant le dépôt de l'investissement spéculatif, sans dire comment. Et puis on allonge des millions qu'on n'a pas. Mais qu'on aura peut-être, si certaines réformes le permettent, ou si on arrivait (comment ?) à relancer la croissance, ce qu'aucun gouvernement n'a jamais fait.

A mes yeux donc, une confirmation : la relative panne d'idée du PS qui est devenu raisonnable aux dépends de sa capacité de proposition. Et deux bonnes surprises : le véritable goût de la démocratie de ce parti, qui n'a donc pas rompu totalement avec la gauche humaniste d'avant François Mitterrand, et la carrure de Manuel Valls.

mardi 13 septembre 2011

La Grèce, l'Europe et les Etats

La question de la Grèce vient au bout de plusieurs coups de semonce. On l’a d’abord analysée à partir de grandes oppositions toutes faites : solidarité européenne contre égoïsmes nationaux, pression des capitaux contre volontarisme politique, population contre gouvernants. Tant que l’on en restait là, chacun voyait son point de vue confirmé part la crise, que tout le monde clamait avoir prévu. C’est une règle du débat politique : la réalité ne s’y fait jour et ne s’y impose que très progressivement.

Comme toute crise, celle-ci est le révélateur d’une autre, ou plus exactement de deux autres. Une crise de l’endettement des États et une crise de la gouvernance européenne.

Je ne reviendrai pas longtemps sur la question de la dette ; au moins cette crise a-t-elle le bon effet d’imposer cette question et d’obliger les uns et les autres à prendre en compte ce problème.

S’agissant de la gouvernance européenne, tous les partisans de l’Europe s’accordent sur le diagnostic d’un déficit de décision. Il est d’ailleurs ancien : quand on y réfléchit bien, il est hallucinant de penser que la Grèce a été intégrée à la zone euro alors que seuls 15% des impôts rentraient effectivement, et qu’il n’y avait pas de cadastre. Le trucage de ses comptes publics est avéré, mails le problème est aussi qu’il n’ait pas été détecté.

Je crois que l’on ne gagne rien à ce propos à s’en tenir à une critique de la technocratie européenne et à pleurer sur l’éloignement de l’Europe et des citoyens.

L’Europe proche des citoyens ? Au risque de décevoir, elle ne l’a jamais été. La construction européenne a avant tout été un rêve de dirigeants et d’éducateurs, de politiques, de fonctionnaires, de professeurs aussi lassés de voir l’Europe s’entredéchirer périodiquement. Il a fallu du courage pour la mettre sur les rails, et même pour la réconciliation franco-allemande. Quand Adenauer et de Gaulle vont ensemble à la cathédrale de Reims, la foule est peu nombreuse et l’enthousiasme mince.

A partir des années 1970, on a voulu démocratiser cette construction européenne, et c’est cette démocratisation qui a mal fonctionné. En 1972, le référendum français à propos de l’entrée du Royaume-Uni dans l’Union européenne bat des records d’abstention ; en 1992, le traité de Maastricht n’est adopté que d’extrême justesse ; et on se souvient de la claque de 2005.

Cela veut dire que si nous avons besoin d’un gouvernement économique européen, ce sont avant tout aux États de se mettre à la tâche, à moins de s’en remettre à une technocratie européenne qui aura bien du mal à imposer quoi que ce soit sans graves secousses. La légitimité démocratique est encore très largement concentrée dans les États nations, qui demeurent un maillon indispensable pour renforcer l’Europe, dans cette construction issue d’un mélange inextricable, et peut-être sage au fond, de logique fédérale et de logique confédérale.

C’est donc dans le combat politique à l’intérieur de chaque État que l’Europe doit redevenir une priorité, et singulièrement chez nous, malgré le traumatisme de 2005. Il faudra procéder dans la campagne présidentielle à une évaluation serrée des bilans et des projets européens.

jeudi 1 septembre 2011

La rigueur pour l'Etat


En 1965, la France a pour la dernière fois à ce jour présenté un budget en équilibre. Cela avait été une bataille du ministre des finances, Valéry Giscard d'Estaing, qui avait, en s'appuyant sur Charles de Gaulle, fait pression sur le premier ministre Georges Pompidou.

Si Charles de Gaulle avait accepté et encouragé cela, ce n'était pas par orthodoxie libérale. Marqué par le catholicisme social, entouré de technocrates dont plusieurs venaient de l'aile la plus réformiste de la SFIO des années 1930, habité comme il l'était par l'idée que l'Etat était le garant et l'aile marchante de la souveraineté nationale, Charles de Gaulle était éloigné de toute idée d'Etat minimal.

Simplement, c'était un militaire. C'est pour cela d'ailleurs qu'il a toujours refuser d'endosser la paternité de la formule "l'intendance suivra". Les militaires savent que l'intendance est importante. Ils savent que la logistique est importante. Ils savent qu'il faut avoir les moyens de sa politique.

Dans sa jeunesse, Charles de Gaulle avait connu l'humiliante débâcle financière du Cartel des gauches, le gouvernement devant aller quémander à la banque Morgan les moyens de sa survie. Le redressement de la situation financière de l'Etat, en 1958 était une priorité non pas pour que l'Etat se soumette aux diktats de la finance, mais pour qu'il s'en affranchisse.

Je rappelle cela parce que je crois que nous n'avons rien à gagner à confondre le double problème du déficit et de l'endettement de l'Etat et le problème de l'impuissance de l'Etat. C'est la grande erreur des souverainistes ; si nous voulons un Etat qui puisse être efficace et se fixer des priorités, il faut que nous ayons un Etat bien géré.

C'est une exigence absolue : pas forcément l'équilibre, mais au moins un déficit contenu dans des bornes raisonnables. C'est le levier principal de l'action politique que nous sauverons ainsi. Nous sortons de quarante ans de dérive financière, entre la gauche qui augmente les dépenses et la droite qui baisse les impôts, avec quelques passages où les rôles se sont intervertis. Et on ne peut pas dire que durant cette période, où la moitié de la richesse produite par la nation revenait à la puissance publique, ait été celle des grandes ambitions politiques.

Dans la campagne présidentielle qui s'annonce, il appartient aux équipes des candidats majeurs de pouvoir donner un contenu concret au réexamen de la fiscalité et des dépenses publiques non pas contre, mais pour l'Etat. Et de tenir ferme là-dessus dans l'entre-deux-tours....


mardi 9 août 2011

Dette et bon sens


Il me semble que la question du "bon sens" ou du "sens commun" est centrale dans ce qu'on appelle (peut-être à tort) les "sciences humaines", par exemple en histoire, en sociologie ou même en économie.

Etudiant, j'avais rencontré des partisans fanatiques de la rupture avec le sens commun en sciences humaines. Il y voyaient même la condition d'une approche vraiment "scientifique". "Avec le sens commun, répétaient-ils - et c'était intimidant - le soleil tournerait encore autour de la Terre."

Ils pouvaient invoquer l'exemple de Durkheim : le sociologue ne pouvait selon lui aborder un sujet qu'en se débarrassant des "prénotions" qui l'encombraient et relevaient d'une approche non-scientifique du social. Plus souvent, ils se réclamaient de Bourdieu : le monde des non-sociologiques est régi par l'illusio : tous se méprennent sur les véritables motivations, voire sur les finalités réelles de leurs actions.

J'avoue une réticence qui confine certains jours à l'allergie pour ce type d'approche, et préférer le recul à la rupture avec le sens commun. L
En "sciences humaines", le savant n'est pas, et ne peut être le seul producteur de savoir. Les humains pensent, réfléchir, délibèrent, oscillent entre lucidité et illusion, et nos méthodes ne nous libèrent pas toujours, loin de là, de cette oscillation.

Bref, sans aller avec Hegel jusqu'à proclamer que tout ce qui est réel et rationnel, je crois qu'il faut commencer par envisager en premier la part consciente de l'action humaine, du moins en histoire et dans le commentaire politique, avant que de chercher les motivations cachées. Celles-ci sont bien hasardeuses. La psychologie, la psychanalyse plongent dans l'inconscient et la logique des interractions et les trouvent, mais elles ont le garde-fou et la vérification de la thérapie.

Il y a une première rationalité des actions humaines, et nous devons nous y arrêter avant de savoir s'il est besoin d'aller plus loin. Il y a tout ce que le sens commun suffit à comprendre, et il faut déjà l'inventorier afin même de savoir ce qui peut nous rester à débusquer. Telle était le point de vue du sociologue Raymond Boudon dans La logique du social (1976).

Je me suis souvent dit que la rupture avec le sens commun, prise de manière systématique, était l'équivalent, chez les scholars, de la thèse du complot en politique. Et qu'elle pouvait se transformer en une source d'erreurs remarquables. Je ne dis rien ici de bien original : tous ceux qui, en sociologie, préfèrent Max Weber à Émile Durkheim tiennent de ce point de vue des propos similaires.

Mais je revenais à tout cela à propos de la crise financière, en me disant que tout de même, un peu de bon gros bon sens aurait pu nous aider. Quand nous avons remplacé de l'argent virtuel (celui, entre autre de la titrisation) par un autre argent presque aussi virtuel (celui d'Etat déjà endettés) comme source de garantie pour le système, il ne fallait pas être grand clerc pour se dire qu'une crise des dettes publiques pouvait se profiler à l'horizon.

Et quand une agence de notation baisse d'un cran la note qu'elle attribue aux Etats-Unis, il ne faut pas non plus beaucoup de finesse d'analyse, juste un peu de calme, pour comprendre

1) Que ce n'est qu'une agence de notation, qui donne des indications, et signale à sa manière ce que nous savons depuis longtemps, c'est-à-dire que l'endettement américain est préoccupant et qu'on touche sans doute là à ses limites, limites plutôt prévisibles ;

2) Qu'elle n'est pas la seule, et que le pluralisme des agences de notations est justement un appui pour se faire une idée de ce qu'elles indiquent ;

3) Qu'elles ne sont pas infaillibles, car évaluer le risque est extrêmement complexe ;

4) Que les interdire, les censurer ou confier aux Etats l'évaluation directe de leur crédibilité financière ne pourrait que nous faire descendre une marche supplémentaire dans l'endettement ;

5) Que cet endettement lui-même est un problème quand il est lié à de forts déficits, car on ne peut indéfiniment dépenser l'argent que l'on n'a pas.

Bref que les crises économiques, ou les alertes, surgissent en raison du comportement insensé de certains acteurs, en l'occurence les Etats les plus endettés. Qu'elles sont un rééquilibrage violent et pénible du système. Et qu'au delà de l'aspect erratique et caricatural des fluctuations boursières, il est indéniable qu'un Etat mal géré devient rapidement un Etat inefficace, esclave précisément des capitaux et des aléas de la bourse.

Mais ils s'offre tant de mirages pour que nous oubliions tout cela : le premier est de se dire que tous nos problèmes viennent des méchantes agences de notation.




samedi 16 juillet 2011

Eva Joly, la république et la nation


Les clivages politiques, et en particulier le clivage droite-gauche, évoluent avec le temps. Mais chaque ancienne forme de clivage demeure, atténuée, discrète, à l'arrière-plan, et ressurgit au détour de certains débats.

Ainsi en va-t-il du clivage entre internationalistes et nationaux ; on le voit réapparaître autour de la fracassante entrée en campagne d'Eva Joly.

Sa proposition de suppression du défilé militaire du 14 juillet, au moment où les soldats français sont durement touchés en Afghanistan, devait choquer, et ici la surprise n'est pas de mise. Il est curieux que la candidate écologiste fraîchement investie tape elle-même, directement, sur ce qui est sa fragilité dans une élection comme l'élection présidentielle : autant sa stature européenne avait été un atout pour Europe-Ecologie dans les élections... européennes, et ralliait aisément les "Européens" de gauche, voire du centre, autant il était évident qu'elle serait peu à l'aise dans une élection aussi franco-française.

Face à cela, la vivacité de la réaction de François Fillon, et sa maladresse, étonnent : il fallait juger le propos sans attaquer la personne et son origine.

Mais ce n'est pas cela qui m'intéresse ici : on retrouve face à face deux conceptions de la France.
La première la résume aux principes de 1789, et la résume à la citoyenneté. Celle-là peut être représentée par un "défilé citoyen", en espérant que tout le monde s'y retrouve et envisage de la même manière la citoyenneté républicaine (quid, par exemple, de la souveraineté nationale?).

La seconde se fixe sur la communauté concrète : une population et son territoire. Et insiste sur la nécessité de défendre le territoire et la puissance française. En espérant qu'on ne cherche pas à trouver trop "d'ennemis de l'intérieur" qu'il faudrait marginaliser.

La Troisième république a essayé de concilier les deux dimensions : une France concrète, puissante, porteuse des droits de l'homme. Les conciliations sont toujours pleines de tensions mal surmontées, et toujours ambiguës. Ces deux "idées de la France" se sont parfois heurtées de front, par exemple pendant l'affaire Dreyfus.

S'il y a un "modèle républicain", il réside dans leur conciliation difficile et incertaine. La militarisation du 14 juillet, dans les années 1880, témoignait de cette conciliation - quand bien même il ne faut pas surestimer sa profondeur. Mais il faut rappeler que le 14 juillet ne se résumait pas (et ne se résume toujours pas) à un défilé militaire.

En pleines vacances scolaires, on ne peut plus faire défiler les enfants des écoles. Mais les bals et les feux d'artifices témoignent aussi d'un certain plaisir d'être ensemble.

On en revient cependant au point de départ : pourquoi donc fallait-il impérativement supprimer ce défilé ? A quel projet politique, même ébauché, cela correspondait-il ? La supression de l'armée de métier ? Le désarmement unilatéral ? Il est tout de même terrible que l'on passe de l'improvisation totale et personnelle à la réactivation des vieux clivages en évitant l'étape de la discussion sur les programmes.

dimanche 10 juillet 2011

Quand le centre est à droite


François Bayrou n'a pas réussi à s'imposer, mais il a réussi à acclimater une idée en apparence juste, au fond fausse : le centre serait un espace politique indépendant de la droite et de la gauche.

Fausse car jamais les centristes en France, ni au XIXe ni au XXe siècle, n'ont existé autrement que divisés entre centre droit et centre gauche. Sous la monarchie de Juillet comme sous la IVe République, il n'en a jamais été autrement. Dans certaines circonstances, centre gauche et droit ont pu s'entendre, c'est tout

Le centristes sont les membres des ailes de la droite et de la gauche qui sont attachées au libéralisme politique, ou des hommes attachés au libéralisme politique qui choisissent, selon les moments, de se situer à droite ou à gauche. Ils aiment les institutions, le compromis, cherchent l'équilibre et se veulent pragmatiques.

Ils ne peuvent jamais devenir pleinement indépendants : ils ont pour cela trop peu de convictions tranchées et "sloganisables". Ils ne peuvent le tenter qu'en abandonnant le discours centriste, à l'image de François Bayrou en 2007, tapant à tour de bras sur la droite et la gauche et dénonçant le système, ou bien encore en se présentant comme le "parti des gens raisonnables", ce qui est peu attractif et, au fond, d'une arrogance extrême.

Un des principaux reproches que l'on fait à Jean-Louis Borloo aujourd'hui est qu'il serait un candidat de droite camouflé. Bref, d'être un candidat de centre droit.

Il ne saurait en être autrement, et ce pour une simple raison : il n'y a pas en France de place pour le centre gauche. Des personnalités politiques comme François Hollande, Emmanuel Valls, ou, en son temps, Dominique Strauss-Kahn, incarnent déjà cet esprit. Les "radicaux de gauche" sont de longtemps condamnés à une existence groupusculaire.

Un homme ou une femme de centre gauche, aujourd'hui, rejoint logiquement l'aile modérée du PS, et n'a pas besoin d'une autre structure. Il n'y a eu à cela qu'une exception : Europe Ecologie a pu représenter un centre gauche écologique et européen ; la fusion avec les Verts, malgré ses limites, a suffi pour neutraliser cette possibilité.

L'unité des centres ne pourrait finalement se faire que sur le plan électoral, dans un contexte très particulier, poussant le centre gauche à voter pour le centre droit, ou le contraire. Il faudrait une absence d'offre électorale d'un des deux côtés. Pour le reste, il faut se rendre à l'évidence : le centre, en France, avec toutes ses limites, c'est le centre droit.