lundi 30 juin 2008

S'inscrire dans la durée


Avant le basculement dans la trompeuse torpeur estivale, le paysage politique prend un petit air statique, il semble (illusion sans doute) que l’on peut mieux le saisir. Le ralentissement du rythme de la vie intellectuelle dans les universités dépeuplées de leurs étudiants semble se communiquer à l’actualité nationale, parce que les Français commencent à penser à leurs vacances, dans un pays qui a voulu plus que d’autres s’attarder dans la société des loisirs…
Le travail de fond continue. Les réformes durables, les tournants en cours, les œuvres qui s’écrivent continuent de s’écrire, les entreprises tournent. On réfléchit aussi aux mesures que l’on tentera de faire passer pendant l’été, même si le procédé a montré ses limites pour empêcher les manifestations. Les syndicats se demandent sur quoi ils mobiliseront à l’automne. C’est donc le temps des veillées d’armes et du travail de fond.
Oui, la torpeur peut être trompeuse. Le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, épuisé par sa victoire dans la réforme des retraites, bascula dans le néant après l’épisode de la canicule de l’été 2003. C’était la fin définitive des espoirs de renouveau suscités, a contrario, par le choc de l’élection présidentielle de 2002.
Les pauses, même apparentes, comme celle de l’été, sont là pour nous rappeler que rien ne se fait vraiment qui ne s’inscrit dans la durée. Le parti socialiste (les partis socialistes ?) prépare (nt?) le congrès de novembre, en passant par des textes ; en sortira-t-il une stratégie, en particulier face à la montée d’Olivier Besancenot ? On a critiqué l’idée selon laquelle celui-ci serait le Le Pen de la gauche… Il est certain qu’en France, nation qui n’a pas connu l’épreuve d’un régime communiste tout en ayant une culture révolutionnaire ancrée en elle depuis plus de deux cents ans, l’extrême gauche ne suscite pas la répulsion que suscite l’extrême droite depuis la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, Besancenot sera un vrai handicap, et de manière plus subtile : la « menace Le Pen » ne demandait à la droite qu’un peu de patience et d’habileté manœuvrière. La « menace Besancenot » risque de paralyser la mue idéologique du PS, et l’idéologie est plus importante à gauche qu’à droite. On entend déjà dire qu’il ne faut pas laisser « d’espace » à Besancenot pour développer son « grand parti anticapitaliste ». Rappelons que le Parti socialiste n’a toujours pas fini de payer le prix idéologique de la stratégie d’union de la gauche avec un PC décadent, stratégie qui lui a permis d’accéder au pouvoir mais l’a gêné pour en tirer les conséquences théoriques. Pour régler ce problème, les calculs de court terme ne sont d’aucun secours…
À droite, si Nicolas Sarkozy avait su inscrire sa stratégie électorale (fédérer les droites) dans la durée, la maintenir contre vent et marées, l’élargissement du discours opéré au cours de la campagne, lui aussi très pensé stratégiquement, plus la crise personnelle d’après la victoire (qui a confirmé toutes mes préventions envers les régimes monarchiques) et la continuation au pouvoir du mode de fonctionnement de la campagne électorale ont empêché tout choix clair entre la maîtrise du temps prôné par Nicolas Sarkozy lui-même en 2002 (un quinquennat, c’est 2 ans pour faire des réformes, 2 ans pour en gérer les conséquences et 1 an pour faire campagne) et un pilotage évoquant curieusement la campagne de Ségolène Royal, entassant les effets d’annonce et brouillant totalement l’image. De ce côté, on n’a certainement pas fini de mesurer avec effroi les conséquences de la marginalisation de François Fillon, d’ailleurs élément important du ralliement à Nicolas Sarkozy de l’électorat « classique » de la droite.
Au centre, François Bayrou est bien forcé de s’inscrire dans la durée… Mais il est au fond marginalisé depuis 2002. Il peut rêver d’un destin à la Clemenceau, infatigable bretteur d’opposition devenant tardivement, en 1906, un chef de gouvernement.
Pour tout ceux là, il faudra cependant apprendre, s’ils ne veulent pas crouler face à la coalition de l’extrême gauche et du corporatisme syndical, à parler aux électeurs un autre langage que celui de l’intérêt. Les désastreuses promesses en matière de pouvoir d’achat sont là pour le rappeler. Si les électeurs s’achetaient purement et simplement, tous les gouvernements qui ont perdu les législatives depuis les années 1980, après avoir laissé filer le budget et multiplié les promesses, seraient restés en place…

vendredi 20 juin 2008

Des contradictions françaises


Dans les Pensées, maximes et anecdotes de Chamfort, publiées après sa mort survenue en 1794 (il fut victime de la Terreur), on trouve la pépite suivante :
« En France, tout le monde paraît avoir de l’esprit, et la raison en est simple : comme tout y est une suite de contradictions, la plus légère attention possible suffit pour les faire remarquer et rapprocher deux choses contradictoires. Cela fait des contrastes tout naturel, qui donnent à celui qui s’en avise l’air d’un homme qui a beaucoup d’esprit. Raconter, c’est faire des grotesques [entendre : des caricatures]. Un simple nouvelliste devient un bon plaisant, comme l’historien, un jour, aura l’air d’un auteur satirique. »
La France, terre non seulement des contrastes, mais des contradictions… Lecture pessimiste : le pays est souvent schizophrène, et pour cela très difficile à réformer. Lecture optimiste : surmonter les contradictions, les tensions, implique un dépassement créateur. De ce point de vue, la liberté intellectuelle n’existe que dans les tensions, dans les failles logiques. Lecture encore plus optimiste : on peut rêver d’un équilibre, d’un état social qui tenterait d’assumer des requêtes contradictoires…
La France politique est bien cette terre des tensions longtemps poussées au maximum entre tradition et modernité, entre religiosité et laïcité, entre aspirations monarchiques et idéal républicain, entre égalitarisme et libéralisme. Peut-être s’y est-elle un peu épuisée, et peut-être la synthèse gaulliste, un temps créatrice, l’a-t-elle endormie.
Les tensions françaises – je pense à celle entre ordre et liberté dans laquelle Éric Anceau voit l’enjeu majeur du XIXe siècle – ont longtemps été, poussées à l’extrême, celles de tous les puissances. Est-ce encore le cas ? Aujourd’hui, ce jeu infini des tensions franco-françaises est confronté à des dynamiques qui le dépassent. Si l’on suit François Furet, Francis Fukuyama et Ernst Nolte (en laissant pour aujourd’hui de côté la question chez ce dernier de la connexion entre communisme et nazisme, qui a suscité d’infinis débats), il n’y a au fond qu’une révolution, au double visage, celle de l’affirmation de la démocratie libérale couplée avec le capitalisme, qu’on pourrait résumer par l’avènement de l’individualisme moderne. Le communisme comme le fascisme auraient été des réactions à cette révolution (et aux problèmes qu’elle posait). Peut-être pourrait-on enrichir ces grandes pensées en y réintroduisant la nation ; le défi politique de notre temps est sans doute, pour chaque pays, d’exploiter l’ensemble de ses ressources propres afin de créer une version de cette modernité, pas forcément incompatible avec les autres, qui permette à la nation de n’être pas seulement objet, mais partie prenante, contributrice pour elle et pour les autres, de ce grand processus démocratico-libéral.
En effet, on le sait depuis Tocqueville (et même bien avant, si l’on lit Rousseau), la grande révolution contemporaine a elle-même ses tensions : ses lignes de force, sa légitimité, mais aussi ses failles et ses insuffisances. Elle est à la fois irréversible et indéterminée – je ne suis pas sûr qu’au fond de nos tensions franco-françaises ne se trouvent pas bien des orientations fécondes.
Je ne donnerai qu’un exemple : la natalité. La France est ici la dépositaire de deux héritages : celui d’abord d’un consensus sur la politique familiale, qui naît à la fin des années 1930, alors que gauches et droites sont persuadées que la dénatalité est un fléau, et qui se prolonge jusqu’à la fin des années 1960. Celui ensuite des années 1960 et 1970, quand l’émancipation de la femme devient une priorité : la France réussit ainsi à combiner aujourd’hui un taux de natalité plus fort que celui de ses voisins européens et un bon accès des femmes aux études supérieures et aux emplois qualifiés, même si bien des progrès peuvent être réalisés. Ici, c’est nous qui pouvons servir de modèle à l’Allemagne, à l’Espagne, à l’Italie, où l’investissement par les femmes de la vie professionnelle et des emplois qualifiés a coïncidé avec une baisse dramatique de la natalité.

samedi 14 juin 2008

Retour au chiraquisme ?


Le comportement très digne et réservé de Jacques Chirac depuis la fin de son deuxième mandat, qui contraste avec celui de Dominique de Villepin – il est vrai que l’un a accompli pleinement sa carrière politique tandis que l’autre peut se sentir frustré – incite à revenir sur son bilan et sur la trace qu’il a pu laisser dans la vie politique française.
Deux mandats donc, 1995-2002 et 2002-2007. Cinq ans de cohabitation, de 1997 à 2004, finalement donc juste sept ans de plein exercice du pouvoir, ajoutés à quatre ans de premier ministère, en 1974-1976 et 1986-1988. Trois candidatures à la présidentielle, deux présences au second tour, une dissolution ratée en 1997. Tous ses biographes le disent, un bel « animal politique », taillé pour la conquête du pouvoir, capable de rebondir, globalement peu populaire, mais ayant réussi, même au temps de ses échecs, à fidéliser une partie importante de l’électorat, et apte à s’emparer de positions clefs : le parti gaulliste au temps de la présidence giscardienne, la mairie de Paris. Comme tous les hommes politiques réputés opportunistes, il a quelques fidélités, et parmi elles, un grand patriotisme. Qu’il soit contre l’Europe (au moment de l’appel de Cochin, soufflé par Marie-France Garaud et Pierre Juillet qui y perdirent leur statut de mentors) ou pour elle (au moment de la ratification du traité de Maastricht, de 1992, pour lequel son ralliement fut décisif), qu’il croie en un « travaillisme à la française » (1974-1976) ou en des réformes libérales (1986-1988), il s’agit toujours de mettre la France à niveau, de la maintenir dans la course. La trace de Jacques Chirac reste ainsi importante dans la politique extérieure : déterminant (qui lui en a su gré ?) dans le dénouement de la crise yougoslave par le recours à l’OTAN, remportant une victoire symbolique forte en 2003 en désapprouvant l’intervention américaine en Irak, déterminant encore pour obtenir, cette fois à nouveau en collaboration avec les États-Unis, que la Syrie se retire du Liban, il a réaffirmé haut et fort la « politique arabe de la France ». On peut en penser ce que l’on veut, mais il y a là une ligne. Ajoutons qu’en 1995, la suppression de la conscription, réforme longtemps réputée infaisable, témoignait d’un projet de modernisation de l’armée française.
D’une certaine manière, ce Jacques Chirac là est celui qui s’est levé et qui est parti, simplement, parce que dans un stade de football, lors d’un France-Algérie, le public sifflait la marseillaise.
Partout où la « boussole nationale » ne pouvait fonctionner de manière claire, la trajectoire s’est faite plus erratique. Comme l’avait remarqué Éric Zemmour (L’Homme qui ne s’aimait pas, Paris, Denoël, 2004), comme on le comprend à la lecture des deux biographies de Franz-Olivier Gisbert (celle de 1988 et La Tragédie du président, best-seller paru chez Flammarion en 2006), Jacques-Chirac est un leader particulier, qui doute plus que les autres de sa valeur et de sa capacité. C’est aussi un homme écartelé entre l’Occident et les autres cultures, et, en fait entre la droite et la gauche, entré en politique au temps ou la droite pouvait pensait qu’elle était simplement le camp de « réalistes » contre les « trublions ». Un homme profondément marqué par son échec de 1988, puis par le mouvement de décembre 1995 contre les réformes d’Alain Juppé (de la sécurité sociale et des retraites), persuadé que la France est un pays fragile, qu’il ne faut pas traumatiser, un homme qui ne saura que faire du pouvoir qui lui revient « miraculeusement » en 2002 après l’échec de 1997, et qui campe désormais sur une position que l’on pourrait résumer ainsi : nous allons faire les réformes que l’on ne peut vraiment pas éviter, sans plus.
La fondation de l’UMP en 2002 ne parvient pas à la fédération totale des droites, en partie parce qu’elle se fait avant qu’un projet politique clair ait été formulé. Il est remarquable de constater qu’en France, gaullisme et socialisme ont empêché chacun la modernisation de l’autre en ne se reformulant pas clairement alors que leur pratique se modifiait à toute vitesse. À François Mitterrand l’européen, totalement indifférent aux enjeux idéologiques, répond Jacques Chirac le patriote, privilégiant lui aussi la pensée stratégique.
Modernisation minimale, toujours en retard par rapport aux enjeux de la mondialisation et de l’intégration européenne, incapacité à enrayer le décrochage relatif du pays, brouillage du discours de son camp : en cela, le « chiraquisme » a fourni un repoussoir utile à Nicolas Sarkozy. Pour sa campagne, au moins celle du premier tour… Cependant, le « chiraquisme » resurgit actuellement à l’horizon de la politique française. Le hiatus entre l’Élysée et Matignon, les grandes déclarations sur l’histoire de l’esclavage à enseigner dans les écoles primaires, le discours sur le « pouvoir d’achat », la tendance à privilégier des réponses de court terme, à vouloir éviter toute mesure symbolique d’une rupture (les 35 heures demeurant la durée officielle du travail, les 60 ans l’âge légal de la retraite, et des stratégies complexes de contournement étant mises en œuvre), l’accoutumance maintenue à voir l’État « débloquer » (mot savoureux) de l’argent public dès qu’un mécontentement catégoriel s’exprime avec tant soit peu de vigueur, tout cela s’inscrit facilement dans une continuité… On peut se demander, de ce point de vue, si Xavier Bertrand n’est pas l’homme tout désigné d’un retour au « gaullo-radical-socialisme »…

vendredi 6 juin 2008

Bonapartisme et gaullisme


Pendant la Seconde guerre mondiale, à Londres, Raymond Aron comparaît déjà le gaullisme naissant au bonapartisme, dans un article intitulé « L’ombre des Bonaparte » et publié en 1943. Plus tard, l’historien René Rémond, avec sa grande synthèse sur Les Droites en France, dont la première édition date de 1954 (le titre alors était au singulier, La Droite en France de 1815 à nos jours, continuité et diversité d’une tradition politique), a donné à cette comparaison tout son développement. Dans le Dictionnaire de Gaulle paru chez Laffont en 2006, on trouve un article « bonapartisme », dû à Jean-François Sirinelli, qui met en avant les difficultés liées à l’usage polémique du terme (on accuse de bonapartisme quelqu’un dont on met en doute la légitimité républicaine).

En laissant de côté les filiations concrètes, nous pourrions définir le bonapartisme comme un « possible » de la démocratie française. Nous le connaissons mieux encore aujourd’hui grâce à la grande biographie qu’Éric Anceau vient de consacrer à Napoléon III (Napoléon III. Un Saint-Simon à cheval, Paris, Taillandier, 2008). Résolument centrée sur le personnage et sur son projet, celle-ci nous permet de mieux saisir la « synthèse bonapartiste », d’en saisir toute l’ambition et tout l’intérêt, au travers de l’étude d’une figure attachante - et aussi de mieux comprendre le gaullisme qui ressemble au bonapartisme par bien des côtés.

Volonté de synthèse entre l’ordre et la liberté, qui explique malgré l’aspect très autoritaire des premières années du régime, l’évolution du régime vers l’empire libéral ; méfiance vis-à-vis du parlementarisme considéré comme étranger à la tradition nationale caractérisent tout d’abord l’entreprise. L’empire libéral n’est (contrairement à ce que j’écrivais dans mon article précédent) que semi-parlementaire, et n’est tenté par l’Empereur qu’à titre d’expérience – on ne prend en somme qu’une dose de parlementarisme.

Volonté de synthèse entre la tradition (l’appui sur le catholicisme) et la modernité (volonté de développement économique), de synthèse entre l’affirmation de l’intérêt national (qui limite le soutien aux nationalités en Italie et en Allemagne) et la volonté de promouvoir le dialogue international par un système périodique de congrès réunissant le plus grand nombre possibles d’État (cela restant un projet) ; volonté de synthèse entre le maintien de l’ordre social et la mise en place d’une politique sociale ambitieuse (soutien aux mutuelles ouvrières, droit de grève accordé en 1864, syndicats tolérés en 1868)...

Mais volonté de synthèse qui connaît malgré une très forte concentration des pouvoirs bien des difficultés pour se traduire dans une politique concrète : la violence déployée pour vaincre la résistance au coup d’État rend les républicains souvent irréconciliables avec le régime, même quand celui-ci se libéralise, les élites orléanistes freinent les investissements publics et n’acceptent la politique sociale qu’au prix d’un retour à l’orthodoxie financière, la politique étrangère devient brouillonne dans les années 1860 et ne garantit au final ni l’ordre européen ni la sécurité de la France qui s’abîme dans le désastre de 1870.

Éric Anceau nous montre à la fois la fermeté des lignes directrices de Louis-Napoléon Bonaparte, en qui il voit le vrai créateur du bonapartisme, et les prudences, qui vont parfois jusqu’à l’hésitation ou l’incohérence, dans la mise en œuvre. On a l’impression que la volonté politique se perd parfois dans les sables, sauf en quelques domaines (notamment, la politique économique et urbaine). Le projet est souvent étonnamment moderne, mais en même temps que des lignes de force de la politique française d’après 1958, on peut voir l’esquisse des limites politiques du gaullisme, qui ressemble fortement à l’idéologie bonapartiste.

La volonté de synthèse du pouvoir rend difficile l’expression d’un véritable pluralisme politique : les transactions se font en amont de la décision, dans les coulisses en somme, dans l’écoute directe de l’opinion (difficile à saisir), dans la quête du soutien des experts et des milieux dirigeants ; la concentration du pouvoir rend le pays extraordinairement vulnérable aux éventuelles défaillances du souverain (ce que montre bien la politique extérieure et les valses-hésitations quant à la politique à tenir après la victoire de la Prusse à Sadowa, en 1866, qui écrase l’Autriche et dont les conséquences seront lourdes pour le pays). Le « centrisme autoritaire » (Frédéric Bluche) du bonapartisme risque toujours de le conduire à l’immobilisme, quand bien même il se veut réformateur et surtout modernisateur ; il semble ne pouvoir fonctionner qu’à demi-régime (ce qui en soit n’est pas grave, le compromis étant après tout un des traits essentiels de la politique moderne), et encore faut-il que les gouvernants aient au départ de fermes perspectives. Philippe Séguin, dans son plaidoyer Louis-Napoléon le Grand avait défini la politique comme une lutte contre l’impuissance. Il semble que ce soit particulièrement vrai dans le cadre du bonapartisme – et sans doute dans celui d’un régime marqué par le gaullisme.
Vouloir tout faire à la fois, satisfaire toutes les requêtes, rechercher obstinément le consensus : cela est louable dans le souci d’incarner la nation toute entière ; mais le prix à payer est souvent celui de la lisibilité politique. Le tiraillement entre les requêtes de l’identité (ce que l’on veut incarner) et celles de l’action (ce que l’on veut faire en priorité) apparaît ici à nu…

jeudi 29 mai 2008

Premier ministre vs président ?


Le tandem président-premier ministre est la principale caractéristique, et on peut se demander s’il n’est pas le talon d’achille de notre système. On va trouver que j’attaque beaucoup la Vème République ; en fait, je me demande souvent si, avec tous ses défauts, ce régime n’est pas particulièrement bien adapté à la réalité française.
Est-ce un hasard si le parlementarisme à l’anglaise ne s’est jamais acclimaté en France ? Ce fut le rêve des libéraux sous la Restauration et de la monarchie de Juillet, et même d’un royaliste comme Chateaubriand. Mais ni Louis XVIII, ni Charles X, ni même Louis-Philippe ne se résignèrent à jouer le rôle effacé d’un monarque parlementaire. Ils voulurent toujours pouvoir intervenir, et orienter la politique du gouvernement. Napoléon III tenta in extremis l’expérience, mais le gouvernement d’Émile Ollivier chuta avant même Sedan. Le Comte de Chambord, au début des années 1870, ne fut si intransigeant sur la question du drapeau, qu’il voulait blanc et non bleu blanc rouge, que parce qu’il ne voulait pas « commencer un règne fort et réparateur par un acte de faiblesse » - parce qu’il refusait donc d’être ce monarque à l’anglaise que rêvaient la majorité des députés monarchistes.
La Troisième République était bien parlementaire, mais le président avait des pouvoirs forts dans les lois constitutionnelles de 1875. La tentative du conservateur Mac Mahon pour vaincre une majorité républicaine, en 1877, aboutit certes à ce qu’à partir de Jules Grévy, élu en 1879, les présidents restèrent discrets ; on tenait peut-être enfin le « monarque parlementaire » : un président élu par les chambres, qui se contentait d’incarner la continuité de l’État, se bornait à un rôle (pas négligeable) de conseil et de représentation, et laissait au président du Conseil la direction du gouvernement. Mais, malgré le rêve de Gambetta, jamais la vie politique ne parvint à s’organiser autour de grands partis puissants et nombreux, dégageant des orientations claires ; il aurait fallu pour stabiliser le régime que le président s’investisse davantage…
IIIème et IVème République vouées à l’instabilité, malgré quelques exceptions, on en revint en 1958 à l’idée selon laquelle le chef de l’État (le président de la République) devait orienter la politique de la nation. Après le tournant de 1962, le premier ministre Georges Pompidou lança le concept de « majorité présidentielle » : le chef de l’État est donc en plus le vrai chef de la majorité. C’est à ce prix, comme le pressentaient Clemenceau et Alexandre Millerand, que le système trouve, enfin, une certaine stabilité.
Le prix à payer est élevé, cependant : la confusion entre État et gouvernement, entre les lois de l’État, dont le respect s’impose à tous et les décisions gouvernementales qui peuvent être contestées, a fini par produire des effets terribles : la contestation chez nous se fait volontiers illégale. On bloque les routes, on occupe les Universités, les lycées… sans que jamais le rappel au respect de la loi républicaine puisse avoir un effet autre que de radicaliser la polémique. L’ordre légal et le gouvernement, c’est tout un pour le contestataire – et le gouvernant n’est pas loin de penser comme lui.
Et voici dans ce chaos potentiel le premier ministre, chef du gouvernement, se prétendant parfois (ce fut le cas par exemple de Jean-Pierre Raffarin) « chef de la majorité », dans la dépendance absolue du chef de l’État sitôt que la « majorité présidentielle » domine le Parlement. S’il devient populaire, il trouve une certaine légitimité : mais Georges Pompidou avec son sang-froid de 1968, Jacques Chaban Delmas et son projet de « nouvelle société », Michel Rocard à partir de 1988… furent tous victimes de leur popularité, car elle les plaçait directement dans une situation de rivalité avec le président. Si le premier ministre n’a pas d’assise dans le pays (Raymond Barre qui finit par en trouver une mais après Matignon, Édith Cresson, Dominique de Villepin), il a parfois du mal à imposer ses choix, ou, s’il les impose, il est facilement « lâché » par l’hôte de l’Élysée.
Nicolas Sarkozy et François Fillon ont pu donner l’impression qu’une page était tournée. Il n’en est rien. L’actuel président a refusé les facilités d’une présidence en retrait, qui conduit toujours à enterrer les réformes difficiles, mais il a laissé peu d’espace à son premier ministre. La cohérence du tandem tenait dans le fait que les deux hommes avaient élaboré ensemble leur projet ; ils pouvaient dans une certaine mesure se présenter comme « interchangeables », ce qui conduisait en fait le premier ministre à suppléer le président, et à donner du lest, de la continuité, de la profondeur à l’action gouvernementale, l’un orientant, défendant ses orientations directement dans l’opinion, fort de sa légitimité électorale, l’autre les mettant en œuvre patiemment. L’improvisation et les effets d’annonce malheureux que le président à multiplié au moment où sa popularité chutait a empêché la mise en place de ce fonctionnement. Le premier ministre apparaît presque comme le seul gardien du projet commun, ce qui explique en partie sa relative popularité mais le fragilise considérablement.
Une majorité forte, un grand parti pourrait être aussi le « gardien du programme », et pousser l’équipe à la cohérence. Mais comme le notait déjà Léon Blum dans A l’échelle humaine, écrit en 1941 (en prison) et publié en 1945, la France n’a jamais connu de grands partis de masse gouvernementaux bien organisés. Etre le « chef de la majorité » en France, que l’on soit président ou même premier ministre, c’est disposer d’une majorité parlementaire et se trouver par le biais d’élus cumulards en butte aux pressions locales. Et éventuellement pouvoir utiliser une bonne structure pour faire une campagne électorale.
Confusion entre l’État et le gouvernement, disjonction entre travail gouvernemental et parti majoritaire s’inscrivent ainsi comme des structures déterminantes de la vie politique française. La révision constitutionnelle, qui peut être utile pour résoudre d’autres problèmes, ne s’attaque pas au problème posé par le binôme président/premier ministre… et il vaut peut-être mieux ne pas s’y attaquer, car le rôle ingrat du premier ministre est extrêmement important. Le premier ministre est dans ce système monarchique, qu’il le veuille ou non, un contre-pouvoir important, il est le seul obstacle à cette solitude du pouvoir que notre système post-1962 exagère à plaisir ; s’il a moins de marge de manœuvre que le président, le premier ministre peut être moins obsédé par sa popularité, moins balloté par les revirements de l’opinion et, s’il est courageux, il peut se trouver tenir le cap dans des passages difficiles.

samedi 24 mai 2008

Animer la grisaille


Le désenchantement politique paraît à nombre de Français un problème lancinant, et on ne compte plus les moments où ils ont rêvé d’en sortir, comme après le second tour des présidentielles de 2002 ou après l’échec du référendum européen de 2005. On avait touché le fond, le paysage politique n’était qu’un champ de ruines… Le relèvement, c’était maintenant ou jamais, il fallait changer radicalement notre manière de procéder.
Nous tirions de tout cela une jouissance secrète : enfin, le débat politique retrouvait des couleurs, atténuées par les cohabitations, enfin, de véritables enjeux étaient à notre portée, enfin, de grands périls et peut-être de grands succès… Enfin, l’heure était grave. L’Histoire nous donnait rendez-vous. Et puis, elle s’est dérobée… nous sommes toujours dans la cohue des intérêts antagonistes plus ou moins bien dissimulés, des audaces sélectives et des atermoiements plus ou moins glorieux, dans cette grisaille où nous pouvons nous dire désenchantés. Mais on ne quitte bien que ce que l’on comprend : d’où vient ce désenchantement français au pays de la douceur de vivre ?
Au XXème siècle, il y a eu deux sources directes d’enchantement de la politique, qui a pu faire d’elle, directement, une cause suprême, justifier la violence et le sacrifice, qui lui ont permis de donner (ou de sembler donner) un sens à la mort et à la vie : la nation et la révolution. Les totalitarismes fasciste et communiste ont puisé à ces sources (ils ont à mon sens tari la source révolutionnaire, parce que la révolution est un mythe, mais je ne crois pas qu’ils aient tari la source nationale, parce que la nation est un fait).
L’enchantement national et l’enchantement révolutionnaire ont trouvé en France des prolongements surprenants qui leur ont permis de survivre jusqu’aux années 1970 : le gaullisme et le socialisme français (tant que ce dernier a prétendu pouvoir « changer la vie », jusqu’au tournant de 1982). Ce prolongement explique l'ampleur du désenchantement des années 1980 et suivantes.
Depuis, le sens de la politique n’est plus immédiatement donné par de grandes certitudes soustraites (explicitement ou non) à la raison critique. D’où une idée qui a pris racine dans les milieux intellectuels : la politique n’a plus de sens. Il n’y aurait plus, dit-on, de véritable « choix de société ». D’où les postures politiques à la mode dans ces mêmes milieux : le gauchisme platonique (contestation révolutionnaire sans perspective révolutionnaire : le monde est inacceptable, faisons donc carrière) et le moralisme de ceux qui vont d’une indignation à l’autre. Mais il n’y a jamais eu de « choix de société » : il y a des changements nécessaires, d’autres souhaitables, et une possibilité ou non de les mener.
Pour s’intéresser à la politique aujourd’hui, il faut d’autres sources que les ressources propres de la politique. Si on ne se retrouve pas dans la sensibilité totalitaire, la politique n’est pas une activité qui trouve son sens en elle-même. Elle n’est pas chargée de donner un sens à notre vie, de nous définir, de remplacer l’amour ou l’amitié. Elle est un des lieux où l’on observe l’humanité. Le sens que nous pouvons lui donner dépend de l’idée que nous faisons de l’homme, de notre pays, de l’Europe et du monde. De l’idée que nous nous faisons de ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. D’une certaine manière, c’est l’extra-politique qui nourrit le politique. Chaque fois que nous prenons le temps de réfléchir, chaque fois que nous rentrons en nous-mêmes avant de juger un parti, un homme, un gouvernement, chaque fois que nous discutons, que nous écrivons, que nous refusons de nous laisser entraîner, que nous gagnons un peu de recul, nous améliorons la qualité du débat politique.
Tocqueville disait que pour bien aimer la démocratie, il fallait l’aimer modérément : on pourrait dire que pour bien aimer la politique, il ne faut pas aimer qu’elle. C’est le sens que je donne à ma pratique de l’histoire des idées politiques : on ne peut donner le goût de la politique à ceux qui nous écoutent qu’en montrant que dans la politique se noue des débats passionnants parce qu’en amont il y a toujours une réflexion, même quand elle est médiocre ou bâclée, et qu’en aval il y a toujours des effets, heureux, désastreux ou faibles.
L’exigence de rendre compte intellectuellement de la politique est très forte dans ce pays ; l’exigence d'une compréhension des enjeux est également très forte, je le vois à chaque fois que j'ai l'occasion de donner un enseignement, ou une conférence, sur la culture politique contemporaine. Pensons donc le politique, comprenons-le, expliquons-le du mieux que nous pouvons : c’est désormais le seul moyen de le faire aimer.

jeudi 15 mai 2008

La fin du mythe consulaire ?


Je cherche à faire deux choses dans ce blog : combattre les mythes politiques qui paralysent la pensée et nous empêchent de comprendre notre pays et notre époque, mais aussi contribuer à dissiper, par la réflexion, l’espèce de dépression collective dans laquelle nous sommes plongés depuis une vingtaine d’années. J’essaie toujours de répondre aux grandes questions kantiennes : Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? et surtout : Que m’est-il permis d’espérer ?
Aujourd’hui, je voudrais m’attaquer au « mythe consulaire », dans la lignée de ce que disait Jean Tulard, quand il plaçait Napoléon à l’origine du « mythe du sauveur » hantant la vie politique française (s’incarnant ensuite dans Louis-Napoléon Bonaparte, Thiers, Clemencau, Pétain, De Gaulle…)
Pourquoi « mythe consulaire » ? Parce qu’il s’appuie sur l’œuvre de Napoléon Bonaparte entre novembre 1799 (coup d’État du 18 Brumaire) et mai 1804 (établissement de l’Empire). Un général de 30 ans, en quelques années, règle alors tous les dossiers pendants, en politique intérieure comme en politique extérieure, et met en place les structures administratives sur lesquelles nous vivons encore aujourd’hui. Depuis les grands déchirements de 1792, l’opinion française attendait majoritairement le retour d’un ordre politique stable, sans pour autant brader l’héritage révolutionnaire. Aujourd’hui encore, quand bien même on a un peu réévalué les efforts du Directoire, cette période et l’activité prodigieuse du Premier Consul, qui devient Consul à vie en 1802, restent très impressionnantes aux yeux des historiens.
La France de 1799 était profondément dépolitisée, ce qui permettait à Napoléon Bonaparte de tenter une fusion des élites traditionnelles et des élites issues de la Révolution française, tout en s’appuyant sur les unes contre les autres. Jamais ne se constituait une véritable opposition, et les projets napoléoniens rencontraient peu d’obstacles. Les réformes tous azimuts s’enchaînaient, et furent durables, structurant profondément la réalité nationale. Bref, la volonté politique semblait toute puissante, ce qui, dans un pays dont l’unité même avait été forgée par l’État monarchique, ne pouvait laisser personne indifférent.
Pourtant, ces succès avaient des conditions : les bouleversements révolutionnaires, tout d’abord, qui avaient détruit tous les contre-pouvoirs, et produit un grand déblaiement, qui rendait à la fois possible et nécessaire une œuvre de reconstruction ; la dépolitisation que nous avons évoquée, ne laissant à ceux qui désiraient agir d’autre choix que le ralliement au pouvoir ; le prestige militaire à la racine du charisme napoléonien, qui solidarisait un homme et la nation, et mobilisait le vieux fonds monarchique, encore très présent dans les mentalités françaises. Certaines de ces conditions (comme la dépolitisation et l’absence d’opposition) n’étaient que temporaires. D’autres allaient mener l’Empire à une politique suicidaire…
N’importe, le pli était pris : toutes les périodes de tension, tous les moments d’intense frustration politique verraient ressurgir le mythe consulaire : il nous faut un homme, un chef décidé, qui s’entoure des meilleurs, et tout ira vite. Les premières années de la Cinquième République, résolues et intensément réformatrices donna une nouvelle force au mythe consulaire. La volonté politique, par elle-même, pourrait tout, s’imprimant dans la société comme dans une cire molle, pour la marquer durablement, tout en communiquant magiquement son dynamisme à la communauté nationale. Le mythe consulaire, c’est aujourd’hui le « grand soir » de la droite.
Alors, posons une question (les questions sont les impertinences de l’intellectuel) : Napoléon aurait-il pu faire n’importe quelle politique au temps du Consulat ? De Gaulle aurait-il pu faire n’importe quelle politique en 1958 ? Non, bien sûr, si l’on suit attentivement leur action au pouvoir : ils ont réussi quand ils ont répondu aux attentes de la société, quand ils ont fait des choix clairs à l’intérieur de ce qui était possible. La centralisation napoléonienne reprend l’effort de la monarchie administrative, le code civil utilise les travaux des juristes de l’Ancien Régime, et Portalis lui-même est issu du Parlement d’Aix ; De Gaulle se rallie à la construction européenne et y voit un outil de modernisation de la France. Le génie des grands politiques, ce n’est pas de violenter une société, c’est d’orienter, de donner des priorités dans la gamme des possibles, dans un mélange de convictions et de pragmatisme. Bien sûr, les grands politiques font des paris : mais le fait que ces paris soient perdus ou gagnés montre assez le poids du réel.
On ne peut jamais compter sur un mythe : il est là sans y être et se dérobe quand on veut s’appuyer dessus. Il aurait pu, le mythe consulaire, juste après l’élection de Nicolas Sarkozy, créer le fameux « choc de confiance ». Il n’était pas au rendez-vous, peut-être parce que la situation, difficile, n’est pas encore assez catastrophique : un déclassement n’est pas un écroulement. Et même s’il avait été au rendez-vous, ce « choc de confiance » n’aurait pas dispensé non pas seulement d’avoir un diagnostic sur la crise de la société française, mais de connaître ses attentes, et surtout de choisir parmi des attentes contradictoires, qui représentent, pour les gouvernants, la gamme des possibles.
Quelles sont aujourd’hui nos raisons d’espérer ? Toute tentative de réforme, même inaboutie, et plus généralement tout ce qui peut permettre au pays de s’adapter à la nouvelle donne mondiale est bon à prendre. L’impopularité même du pouvoir pourrait le dissuader de s’attarder dans la quête fébrile et suicidaire d’une popularité qui se dérobe ; l'Élysée de ce point de vue s'aligne sur Matignon.
Il n’y aura pas de miracle, dans la mesure où la Cinquième République reste ce régime de hauts fonctionnaires coupés de la société française, où les dirigeants politiques et économiques continuent de rêver d’une évacuation du risque par une pseudo-rationalisation bureaucratique, où les intellectuels restent majoritairement dans une contestation moraliste et sans projet, où la centralisation parisienne impose aux médias un conformisme inoffensif dans son contenu immédiat et paralysant dans ses effets, et où notre monarchie élective met cruellement en relief les fragilités du dirigeant, surtout quand celui-ci refuse (ce qui est courageux) la facilité d’une présidence en retrait garante d’immobilisme.
Cependant, affiner la pensée de la réforme, retisser les liens entre le pays et ses élites, tout cela peut se faire à partir du moment où le lourd vaisseau de l’État se remet en marche. Mon ami Gilles Ferragu m’a dit un jour que le drame des réformateurs français était qu’ils avaient une rhétorique révolutionnaire – c’est-à-dire qu’ils ne disaient jamais ce qui marchait, et ce qu’il fallait conserver. Sans doute la réforme elle-même est-elle souvent bureaucratico-révolutionnaire par chez nous, parfois plus brutale qu’efficace… mais il faut bien commencer avec le pays tel qu’il est. Un homme ne fait pas tout, une majorité ne fait pas tout, c’est pour cela qu’il faut guetter non seulement le devenir de la droite, mais celui de la gauche française. Tous les partis de gouvernement cherchent la conciliation entre la spécificité française et les exigences de la modernisation, et les demi-succès sont préférables à l'immobilisme. Si nous nous délivrons du « mythe consulaire », ce n’est pas pour basculer dans le nouveau mythe du « modèle scandinave », qui ne vaut guère mieux. C'est pour que le débat porte sur ce qu'il faut conserver et ce qu'il faut changer, sur les points où il faut être intransigeants et ceux où la négociation est possible - c'est surtout pour comprendre que la réforme est une longue marche, semée d'embûches, et que l'on ne peut s'en remettre à un "sauveur", qui règlerait tout en quelques années.