Nul ne peut prédire avec certitude le résultat de la prochaine consultation, mais il est certain que la défaite de Nicolas Sarkozy laisserait la droite républicaine française dans un état idéologique d’une déliquescence absolue.
Je ne suis pas convaincu par ceux qui prédisent l’éclatement de l’UMP en ce cas. L’échec du Nouveau Centre, et l’échec précédent de la conclusion d’un vrai parti politique autour de François Bayrou renvoient sans doute aux calendes grecques une recomposition de la droite classique sur le modèle du binôme RPR-UDF des années 1970, 1980 et 1990. Et quand un parti rassemble un potentiel de 20 à 30% d’électeurs, qu’il est en outre assuré d’avance, en cas de victoire de la gauche aux échéances nationales de cette année, d’un bon score aux prochaines élections locales ( toujours difficiles pour le pouvoir en place), nul, parmi les élus, n’a vraiment intérêt à son éclatement. Les élus restent, et c’est ce qui fait le cœur de nos partis diaphanes. Combien de fois a-t-on, dans le passé, prédit l’éclatement du PS ?
Sur le plan du leadership, l’explication serait rude entre François Fillon et Jean-François Copé, avec Xavier Bertrand en troisième homme. Mais après tout, une querelle de leadership, c’est aussi l’occasion de faire le point sur de grandes orientations.
Marine Le Pen rêve bien sûr de construire un grand parti populiste, passant la barre symbolique des 20%, absorbant la mouvance souverainiste, et dont la puissance contraindrait la droite classique à une alliance indispensable. Je pense que cette stratégie est intelligente, mais que son succès est très aléatoire. L’alliance avec l’extrême droite a coûté cher à tous ceux qui l’ont pratiquée dans le passé. Un bon ancien ministre de la défense, Charles Million, auquel paraissait promis l’héritage lyonnais de Raymond Barre, a ainsi disparu. Et l’abandon du centre au Parti socialiste est sans doute peu tentant pour la droite républicaine.
L’UMP peut survivre à la défaite et à un affrontement pour le leadership. Je ne la crois pas menacée d’éclatement par l’enracinement du Front national. La crise idéologique est beaucoup plus préoccupante.
Il y a, comme on sait, trois familles parmi les républicains de droite et du centre : les démocrates-chrétiens, les libéraux et les gaullistes. Leur seul dénominateur commun, ou plus exactement l’axe qui leur permet de travailler ensemble, ce que Georges Pompidou avait admirablement saisi en son temps, c’est le libéralisme d’Etat, ce libéralisme républicain français qui se modèle par un Etat orienteur, quand il le peut – et le peut-il encore ?-, soucieux de la cohésion nationale, et garant de la solidarité sociale. Avec un discours à la fois d’adaptation à la nouvelle donne mondiale et de prise en compte de la spécificité française, et un souci de la grandeur du pays.
C’est ici que le gaullisme synthétique convergeait avec l’héritage des républicains à la Gambetta et à la Ferry. C’était le point de soudure de cette tradition et de l’héritage républicain, qui pouvait servir de souche à un pragmatisme résolu, qui savait se démarquer de la tournure très idéologique que prenait souvent la gauche française.
L’opportunisme chiraquien et le souci de la communication de Nicolas Sarkozy, qui les ont conduit à radicaliser successivement plusieurs messages différents, ont fait voler en éclat cette sensibilité, qu’il aurait fallu approfondir au moment où le Parti socialiste s’orientait franchement vers la modération. C’est dommage, car l’optique libéralo-républicaine (ou républicano-libérale, pour ne pas choquer les âmes sensibles), offrait une perspective de maîtrise de la modernisation française. Dorénavant, la modernisation est présentée soit comme un impératif absolu, tellement absolu qu’on ne peut même en concevoir plusieurs versions, soit comme la lointaine et souffreteuse perspective d’une France vieillissante qu’il faut avant tout ménager.
Idéologique sur les questions de sécurité et d’immigration, livrée à un empirisme brouillon où surnagent quelques exigences sur les questions financières et économiques, sur la défensive sur les questions sociales, la droite républicaine, pour l’instant, n’a pour elle que d’avoir osé amorcer des réformes trop longtemps retardées. C’est un sens de la durée française, de la temporalité française, qu’il lui faudra retrouver.









Je reviens aux problèmes de communication, qui sont le nœud des rapports entre l’opinion et le gouvernement - du moins on nous les présente comme tel. Il est toujours difficile de faire l’histoire de l’opinion, mais des ouvrages comme celui de Pierre Laborie (L’Opinion française sous Vichy, Seuil « points histoire », 2001) sont devenus des classiques. On y apprend ainsi qu’alors que le maréchalisme (l’attachement à Pétain, vainqueur de Verdun, l’homme qui a fait « don de sa personne à la France », qui sera un « bouclier » contre l’occupant) est encore très majoritaire dans la population française, la rencontre de Montoire du 24 octobre 1940, et le lancement de la politique de collaboration ne sont pas compris des Français. C’est la racine d’un divorce entre l’opinion et Pétain qui prendra par la suite des proportions plus importantes.


